L'ÉGLISE

DE
VILLERS MARMERY

LA RESTAURATION DE 1995

LES VITRAUX

PLAN DE L'ÉGLISE

VISITE VIRTUELLE (en Quicktime VR)

HISTORIQUE DE L'ÉGLISE (article de Mme Anne André, architecte à Villers Marmery)

- L'église fut dédiée à Saint-Remi puis à Notre-Dame au cours des siècles. Sa date de construction précise est inconnue. Des restaurations successives lui ont fait perdre son caractère primitif, car on trouve des témoins de plusieurs époques. Cet édifice a donc été construit en plusieurs fois. En recoupant les observations sur le bâtiment même et les données historiques, on peut tenter une reconstitution chronologique des faits supposés.

- Le type le plus fréquent en Champagne est l'église dont le gros-oeuvre de style roman date du XIIème siècle, avec une charpente apparente et terminée par un chevet plat. Le plus souvent, ce type d'église est remanié à une époque postérieure, agrandie et alors pourvue d'un choeur, parfois d'un transept. Il se pourrait que l'église de Villers-Marmery soit de cette veine. Il est probable - en tout cas - qu'une chapelle de facture romane soit construite ici dès le IXème siècle, ou tout au moins avant le début du XIIème siècle, conforme au style des sanctuaires ruraux régionaux de cette époque. Pour preuve ? Une fenêtre "typique" est encore visible dans la partie supérieure du mur droit de la nef (cachée actuellement par le plafond qui "passe" devant). A cet endroit de l'édifice, la maçonnerie et l'appareillage de pierres de type ancien présents sous le plâtre neuf laissent penser qu'il s'agit là de la partie la plus ancienne. Pour preuve encore ? L'appartenance de "l'autel de Marmery et de la presque totalité du territoire de Villers-Marmery", à l'Abbaye de Saint-Basle, est connue dans les textes dés l'an 941 (Xème siècle). Un prêtre officiait forcément dans un bâtiment affecté à cette tâche : l'église était donc là ; comme partout elle était en bois et paille avant de brûler - on peut le supposer -, et fut remplacée par une construction plus solide, tel qu'on l'a décrite ci-dessus.

- Avant la Guerre de Cent Ans (milieu XIVème siècle), il est difficile de connaître l'état de la population, et du village en général. On sait que des incendies ont ravagé le village... mais nous n'avons aucune information sur l'église à cette époque...

- Les registres obligatoires, tenus par les prêtres dès 1579 (XVIème), laissent penser qu' il y a eu des mutations de population au milieu du XVIIème siècle. En effet, à cette époque, le déclin de Marmery au profit de Villers était déjà amorcé. Villers-Marmery constitué, il est tout à fait concevable de penser qu'une église plus spacieuse que la première fut nécessaire pour accueillir les nouveaux fidèles. Ainsi, on peut supposer que la chapelle d'origine connut, là, des transformations importantes : allongement de la nef, ajout des deux transepts, création du chevet en abside (?) . L'édifice acquiert, alors, sa forme actuelle (au moins dans sa globalité, ce n'est pas dans ses détails !). Pour preuve ? On signale une inhumation dans "la grande chapelle" en 1680, et la dédicace de deux nouveaux autels dans les transepts, en 1684 : l'un est dédié à St Sebastien, l'autre à Ste Barbe.

Une énigme reste pourtant à résoudre : quand, les bas-côtés ont-ils été édifiés ? Plusieurs hypothèses :

- soit en même temps que la première chapelle, ils ont été réhaussés ultérieurement et allongés jusqu'aux transepts lors de la constuction de ceux-ci ;- soit bien après la construction de la chapelle, ajoutés entièrement lors de l'agrandissement général de l'église, (voir description ci-dessus). Cette deuxième hypothèse semble hasardeuse. Pourquoi ? Parce qu'il est difficile d'imaginer la première chapelle fermée par des murs pleins (comme aux Petites Loges), alors que la maçonnerie des arcs témoigne de son origine ! Si les arcs étaient là, la chapelle n'était pas ouverte aux quatre vents ! Les bas-côtés étaient donc construits partiellement au XIIème siècle. La première hypothèse est la bonne.

Ainsi, la petite chapelle primitive connut, entre la fin du XIIème siècle et le XVIIème siècle, ses transformations principales. Les retouches de gros-oeuvre et la décoration ne sont évoquées, dans les archives, que bien plus tard.

Au XVIIIème siècle, en retard par rapport aux édifices déjà touchés dans les grandes villes, le style classique, puis légèrement baroque, apparaît dans les bâtiments importants des campagnes : l'église de Villers-Marmery perd, alors, son caractère rural et rude. On peut supposer qu'à cette époque, la charpente et le solivage en bois apparent teinté (traces repérées lors des travaux de réfection du plafond effectués en 1995 par l'entreprise Hautem) furent cachés par un plafond en plâtre, sur la totalité de l'édifice. Plusieurs campagnes de travaux sont mentionnées dans les archives de la seconde moitié du XVIIIème siècle :

- 1754 : "...quelques réparations..."
- 1759 : " programmation de travaux importants..."
- 1760 : " réparation du clocher "
- 1770 : "établissement d'un devis..."(?)
- 1773 : "travaux..."(?)
- 1777 : "don des 5 Grisailles, par le couple GARGAM dont deux en mémoire de leur fille, Anne, décédée à l'âge de 11 ans le 6/8/1777. (Généalogie : Anne, fille de Philippe Louis Gargam né en 1731 à Châlons-sur-Marne, marié en 1761 à Marie Anne Jeanne Blondeau née à Reims)
REMARQUE: la forme des fenêtres recevant les vitraux est définitive.
- 1789 : "...reconstruction totale du choeur..."
- 1790 : "...travaux sur le clocher..."
REMARQUE: à l'occasion de la reconstruction du choeur, y a t-il eu des modifications ?
Les deux dernières dates évoquent forcément une période agitée pour la France, mais aussi pour VILLERS-MARMERY... 

Réponse aux questions posées sur les"hypothèses émises pour tenter de cerner l'époque de construction des bas-côtés" évoquée ci-dessus : la deuxième hypothèse semblait "hasardeuse", mais pourquoi était-elle énoncée? Parce que les arcs de la nef primitive auraient pu être construits et bouchés avec une maçonnerie de remplissage afin de ne pas laisser la chapelle ouverte aux quatre vents. C'était une technique employée autrefois lorsque l'on prévoyait des extensions.

Reprenons le cours de notre historique...
Nous sommes à l'époque de la Révolution : le 6 Octobre 1789, l'Assemblée Nationale décide la vente des Biens Nationaux, elle s'empare des églises. Les mesures anticléricales suivent. Ainsi, le 4 Février 1794, le Conseil Municipal de Villers fait descendre deux des trois cloches et leurs accessoires par trois charpentiers et un maréchal du village. La troisième cloche échappe à la fonte pour sonner les heures. La même année, l'inventaire des articles religieux est rédigé. Les grilles, les statues et divers objets sont mis sous scellés à la sacristie. Le linge blanc est donné aux hopitaux militaires. L'église devient le "Temple de la Raison".

En 1801, le culte catholique est rétabli en France. M. Le Cacheur, ancien Curé, devenu entre-temps "Citoyen", est à nouveau affecté au service religieux en 1804. Le Conseil Municipal fait l'état des lieux et constate que l'église est dans le meilleur état possible. Depuis cette époque mouvementée, l'église connait une nouvelle vague de réparations au XIXème siècle :

  • "installation de trois nouvelles cloches et réparation du beffroi en 1826". (le mot "beffroi" semble signifier en réalité "clocher") ; "réparations sur le clocher en 1834". (encore ?!) ; "restauration du plafond en 1845"
  • "couverture en 1869". Ce sont probablement des travaux d'entretien.
 À la fin du XIXème siècle, précisément en 1894, de nombreuses modifications ou améliorations sont apportées à l'édifice. Voici la liste des travaux :
  • confortement du mur de clôture de l'ancien cimetière ;
  • réparation du clocher. (encore?) ;
  • remplissage du haut des murs de la nef, en briques de terre cuite fabriquées en usine ;
  • habillage avec les mêmes briques, plâtrées, de deux des quatre colonnes d'ordre toscan portant le clocher. En se mettant "à la mode", la croisée des transepts perd son style et devient ambiguë ;
  • réfection des plafonds en plâtre des bas-côtés ;
  • modification des ouvertures. Toujours pour suivre la mode, par une reprise de maçonnerie encore visible aujourd'hui, les cintres d'origine sont remplacés par des arcs surbaissés ;
  • installation de l'horloge à sa place actuelle ;
  • c'est aussi à cette date que de nombreux vitraux sont donnés et installés dans les fenêtres fraîchement refaites : St. Antoine et Ste. Jeanne de Chantal, au fond de la nef, don de Monsieur Louis Fossier, architecte à la Cathédrale de Reims ; St. André et St. Jean, derrière l'orgue, don de la famille Vannelet ; St. Louis et St. Pierre, à gauche, don de Madame Julie Legras Vve. Lagarde ; Ste. Félicie et Ste. Cécile, à droite, don anonyme ; St. Rémy Baptisant Clovis et La Vierge, tous deux non datés, installés dans le choeur ;
  • modification des abats-son du clocher : certaines ouvertures carrées reçoivent un arc.

 Y-aurait-il un mécène, un généreux donateur anonyme ? Pourquoi tant de travaux don le but est parfois de suivre la mode ? Les archives pouraient peut-être nous renseigner ?

Voilà 100 ans que l'église a fait "peau neuve". Au cours du XXème siècle, le temps passe et fait son oeuvre. Les orages attaquent le clocher, il faut encore refaire sa couverture, voire sa charpente.

La couverture de la totalité du batiment est refaite en 1992 et 1993. En 1995, les plafonds, devant subir des "rustines", sont finalement refaits complètement avant les peintures effectuées la même année par une équipe d'étudiants "section peinture" hollandais. Et "tant qu'on y est", la porte du bas-côté en mauvais état est changée.

L'histoire de cet édifice ne s'arrête pas là. Le patrimoine d'un village est vivant, il appartient aux générations futures.

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LA RESTAURATION DE L'ÉGLISE PAR UNE ÉQUIPE HOLLANDAISE

Du 2 au 11 juillet 1995, 24 étudiants accompagnés de six professeurs sont venus des Pays-Bas pour restaurer l'église de Villers-Marmery sous la responsabilité de M. Martin Delissen, enseignant à l'école des Beaux-Arts de Boxtel (près de Eindhoven).

En 1988, les six professeurs avaient déjà participé à une opération analogue aux Petites Loges (village voisin) avec l'aide d'amis.

Ils ont ensuite rénové les églises des communes proches de Billy-le-Grand, Trépail, Sillery et Ludes, aidés également par des amis, avant de venir dans notre village avec un groupe d'étudiants fraîchement diplômés.

Si l'équipe continue son travail de restauration d'édifices religieux, elle envisage de le faire soit en Normandie, soit en Turquie.

Le travail effectué par les étudiants est en rapport direct avec ce qu'ils ont appris en cours dans des domaines comme la couleur ou encore l'histoire de l'Art religieux.

Au départ, un concours entre les élèves a permis de choisir les couleurs à utiliser. À partir de photos en noir et blanc, chacun a élaboré un "plan de couleurs". Les professeurs ont ensuite sélectionné 4 propositions qu'ils ont soumises au Maire, à l'Abbé et à quelques autres personnes impliquées dans le projet afin de faire le choix définitif.

Pour suivre ce stage, chaque étudiant a dû payer 300F (frais d'essence, de boissons,...). Les matériaux ont été offerts en partie par deux entreprises hollandaises. C'est l'école des Beaux-Arts qui a pris en charge l'assurance des étudiants. Le coût final pour la commune de Villers-Marmery s'est élevé à près de 10.000F, soit environ 1.500 Euros.

Martin Delissen et son équipe ont été hébergés par les habitants de la commune pendant la durée des travaux. Tous ont gardé un excellent souvenir de leur passage à Villers-Marmery.

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